
Comment j'ai réussi à faire déménager l'ONÉ À Calgary
En novembre 1989, TransCanada PipeLines Limited a annoncé qu'elle allait déménager son siège social à Calgary. À cette époque, j'étais directeur des Affaires réglementaires de l'Association pétrolière du Canada [ou APC mais ACPP maintenant]. Deux jours après l'annonce, un dimanche, j'étais dans le salon Feuille d'érable à l'aéroport de Calgary, attendant un vol pour Ottawa [pour assister à une audience de l'ONÉ], et j'ai rencontré par hasard Mme Bobby Sparrow, députée de Calgary Sud [et présidente du caucus du parti PC de l'Alberta], également attendant un vol pour retourner à Ottawa. Je lui ai dit : « Bobby, maintenant que TCPL déménage à Calgary, il est temps pour nous de déménager l'ONÉ à Calgary aussi. » Durant le vol, elle m'a posé des questions à propos de ma suggestion et quand nous avons atterri à Ottawa, l'idée l'a beaucoup enthousiasmée. Elle m'a demandé de rédiger un rapport expliquant pourquoi l'ONÉ devait déménager; je lui ai donné des notes de plusieurs pages.
À la mi-décembre, j'ai été à une réception de Noël chez Elaine McCoy, ma députée provinciale pour Calgary Ouest, et je lui ai résumé ma proposition, en laissant entendre que c'était une idée avec d'excellents avantages pour l'Alberta. Elle a appelé Harold MacMillan, qui était alors président de la Chambre de commerce de Calgary [et ancien président de l'Administration du pipe-line du Nord], et je lui ai présenté mon idée, en énumérant les avantages que je voyais dans ce déménagement pour Calgary et pour l'industrie du pétrole et du gaz. J'ai remis « mes notes » à Elaine et à Harold. Ma proposition a emballé Harold sur le champ et il a consacré une grande partie de 1990 à défendre le déménagement.
Dans mes notes, j'ai suggéré que le déménagement procurait des avantages à tout le monde. Pour le gouvernement fédéral conservateur, l'annonce rehausserait son image dans l'Ouest canadien, qui avait reçu peu d'avantages visibles dernièrement malgré le grand nombre de députés conservateurs de l'Ouest envoyés à Ottawa pour former un gouvernement. Pour l'Alberta, j'ai noté qu'avec le processus de recouvrement des frais, une grande part des coûts d'exploitation annuels de l'ONÉ allaient être recouvrés surtout des pipelines réglementés. Puisque l'industrie pétrolière et gazière déduisait les droits pipeliniers du prix de vente du pétrole et du gaz pour déterminer le prix « net » sur lequel les redevances provinciales étaient calculées, une portion des frais de l'ONÉ réduisait en fait le revenu de redevances du gouvernement de l'Alberta. Par contre, si l'ONÉ était situé à Calgary, la province serait en mesure de recouvrer une partie de ces frais par le biais de l'impôt provincial sur le revenu de ses employés. Et pour la Chambre de commerce, l'ajout des employés de l'ONÉ à la main-d'oeuvre de Calgary procurerait des avantages directs et indirects à l'économie de la ville, qui éprouvait à l'époque un de ses replis périodiques.
Durant toute l'année 1990, diverses parties intéressées ont déployé un effort de lobbying assez intense pour recommander le déménagement de l'ONÉ. Fait assez remarquable toutefois : l'industrie pétrolière et gazière s'est tenue à l'écart. Bien que dès le début j'aie informé mon employeur, l'APC, de mon initiative, il a été déterminé rapidement que l'association ne prendrait aucune position publiquement en raison de « l'optique » potentiellement négative que son soutien pourrait évoquer.
Malgré la pression venant de l'Ouest, surtout du caucus de l'Alberta, l'idée a suscité peu d'intérêt pour le reste du gouvernement de Mulroney. En effet, lorsque la décision de déménager l'ONÉ a été annoncée dans le cadre du budget fédéral au printemps 1991, elle n'était même pas mentionnée dans la version imprimée du budget qui a été publié après la présentation du ministre des Finances. L'annonce a été littéralement « insérée au crayon » dans le texte du ministre à la dernière minute. L'histoire a fait son apparition plus tard. Ce matin-là, à la réunion du caucus du gouvernement qui a eu lieu avant la publication du budget fédéral, les députés de l'Alberta se sont opposés vivement à une autre disposition du budget de 1991 et n'allaient appuyer ladite disposition que si le gouvernement acceptait de déménager l'ONÉ à Calgary.
En avril, après l'annonce, la Ville de Calgary a formé une équipe de fonctionnaires pour aller à Ottawa pour « promouvoir » la ville et inciter les employés de l'ONÉ à déménager. La promotion incluait l'éducation, la santé et des représentants commerciaux. En tant que membre de cette équipe, j'ai organisé un groupe de cinq anciens employés de l'ONÉ qui avaient déménagé à Calgary pour aider à persuader le personnel de l'ONÉ à « venir dans l'Ouest ».