
Présenté par
Roland R. George
Membre
Office national de l'énergie
Alberta Chamber of Resources
Edmonton, Alberta
8 février 2008
Bonjour.
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai accepté de participer à cette réunion très importante de l'Alberta Chamber of Resources et de vous faire part du point de vue de l'ONÉ sur l'avenir énergétique de l'Alberta.
Bien que ma présentation concerne surtout le pétrole, je traiterai également de questions connexes.
Je vais commencer par vous parler brièvement du rôle de l'ONÉ relativement à la mise en valeur des ressources énergétiques albertaines et de notre point de vue sur des enjeux plus généraux. En dernier lieu, je vais mettre en lumière les scénarios d'avenir énergétique possibles pour l'industrie pétrolière et gazière albertaine.
Les possibilités que nous envisageons sont fondées sur le rapport sur l'avenir énergétique que nous venons de publier et qui est disponible sur notre site Web, à l'adresse indiquée sur la première diapo.
Le rapport se penche sur la question de savoir s'il y aura suffisamment d'énergie pour répondre aux besoins de la population canadienne d'ici l'année 2030. Nous avons analysé cette question en examinant divers scénarios et nous en sommes venus à la conclusion que les approvisionnements énergétiques seront amplement suffisants d'ici là. Par ailleurs, le rapport fait état d'un certain nombre de choix importants que les Canadiens devront faire pour relever le défi que représente la production d'énergie, l'efficacité énergétique et le traitement des émissions.
Le rapport contient beaucoup de détails sur la situation dans chaque province dont, évidemment, l'Alberta.
L'Office national de l'énergie compte huit membres permanents, deux membres temporaires et un effectif d'environ 300 personnes, tous réunis sous un même toit à Calgary. Nos décisions sont fondées sur l'information dont on nous fait part au cours des audiences. Toutes les décisions de l'Office sont prises dans l'intérêt de la population canadienne.
L'avenir des marchés de l'énergie du Canada comporte beaucoup d'incertitude. L'ONÉ a voulu y remédier en examinant plusieurs scénarios différents.
Élaboration des scénarios :
Le contexte géopolitique pèse lourd dans les marchés énergétiques canadiens.
De plus, les pays en développement comme la Chine et l'Inde ont besoin d'énergie pour alimenter leur forte croissance. En conséquence, les fournisseurs d'énergie subissent de fortes pressions pour répondre à la demande mondiale, ce qui ne manque pas de faire grimper les prix.
Le contexte géopolitique façonne l'analyse de l'ONÉ surtout sous forme d'hypothèses sur les prix de l'énergie et la croissance économique.
L'environnement a lui aussi un impact considérable sur les marchés énergétiques canadiens.
Plus les incidences de la production et de la consommation d'énergie sur la planète sont démontrées, plus on exige des mesures de gestion environnementale.
Les valeurs sociétales évoluent, comme en témoignent les politiques énergétiques et environnementales canadiennes, que ce soient celles d'Ottawa ou des provinces.
L'ONÉ tient compte des changements socioenvironnementaux dans le scénario Triple-E. Nous supposons qu'un certain nombre de politiques et de programmes sont adoptés au Canada comme ailleurs. Pensons à titre d'exemples aux programmes d'efficacité énergétique, au financement de la R & D, à l'évolution de l'esthétique urbaine, aux incitatifs financiers et au prix sur le CO2. Ces hypothèses ont pour résultat de freiner considérablement la croissance de la demande d'énergie au cours des trente prochaines années.
Passons maintenant aux principales hypothèses, suivies des résultats quantitatifs de haut niveau pour le Canada et l'Alberta, avant de conclure avec quelques grandes conclusions.
Afin de pouvoir comprendre les résultats auxquels nous sommes parvenus, il faut bien cerner les hypothèses avancées en termes de prix d'énergie et de conditions économiques sous-jacents au scénario de référence et à chacun des scénarios prospectifs.
Les scénarios prospectifs se concentrent sur les incertitudes. Celles-ci sont le résultat de facteurs géopolitiques et économiques sur la scène mondiale, de tendances sociales, de décisions stratégiques à venir ou de progrès technologiques. Chacun de ces scénarios est fondé sur un ensemble d'hypothèses cohérentes entre elles et conçues pour confirmer d'éventuelles conclusions. Ils sont tous considérés comme plausibles et aucun plus probable qu'un autre.
Encore une fois, l'évolution envisagée pour ces différents scénarios est le résultat de discussions de fond avec des spécialistes du domaine de l'énergie, à l'ONÉ et ailleurs. Les séances de consultation pancanadiennes ont permis de nuancer encore davantage.
Les prix de l'énergie sont supérieurs à ce qu'ils étaient, quel que soit le scénario.
Compte tenu du fait qu'il y a cinq ans, le baril de pétrole coûtait 26 US, qu'il coûtait 58 US au premier trimestre de cette année et qu'il se transige actuellement dans les 90 $, il est clair qu'il est téméraire de faire des prédictions à long terme quant aux prix de l'énergie. Néanmoins, il a fallu que nous avancions certaines hypothèses sur les prix annuels moyens à des fins de modélisation.
Deux des scénarios prospectifs entrevoient des prix inférieurs à ceux que les Canadiens doivent payer actuellement, soit en Triple-E et en Maintien des tendances. Selon le scénario des Îles fortifiées, la population canadienne peut s'attendre à payer encore plus cher l'énergie qu'elle consomme.
Comme le veut la norme et compte tenu du fait que les prix sont établis sur le marché mondial, les prix sont précisés en dollars américains.
Voyons maintenant quelques résultats quantitatifs de haut niveau sur l'énergie au Canada ...
Par rapport aux niveaux actuels, il est prévu que la production totale de pétrole brut au Canada augmentera, dans le scénario de référence ainsi que dans les trois scénarios prospectifs. Cependant, ce ne sont pas toutes les sources d'approvisionnement qui contribuent à cette augmentation.
Quel que soit le scénario, la production de pétrole classique diminue. De son niveau actuel de 1,2 million de barils par jour, elle pourrait même régresser jusqu'à 0,4 million de barils par jour d'après le scénario prospectif Triple-E. La production sur la côte Est, actuellement de 0,31 million de barils par jour, passe à 0,4 million de barils par jour dans le scénario de référence, mais pour ensuite régresser, jusqu'à aussi peu que 0,044 million de barils par jour en Triple-E.
La production tirée des sables bitumineux augmente dans tous les cas, jusqu'à atteindre 4,9 millions de barils par jour pour les Îles fortifiées.
Ainsi, le scénario de référence prévoit une augmentation de la production tant sur la côte Est que dans la région des sables bitumineux. En Maintien des tendances, sur la côte Est, la production commence à décliner en 2015 après avoir atteint des niveaux élevés.
En Triple-E, il y a ralentissement de la croissance de la production tirée des sables bitumineux de même qu'un repli plus rapide de celle sur la côte Est. Ces mouvements sont le résultat direct des prix inférieurs du pétrole et des coûts associés à la prise de mesures de protection de l'environnement. Les prix plus faibles envisagés dans ce scénario prospectif ne favorisent nullement la mise en valeur de gisements marginaux, ce qui a des incidences qui se remarquent particulièrement dans les zones extracôtières sur la côte Est ainsi que dans la région des sables bitumineux.
Selon le scénario des Îles fortifiées, les prix élevés du pétrole et la préférence accordée aux sources d'approvisionnement intérieures rehaussent encore plus la production tirée des sables bitumineux. Par ailleurs, il y a ralentissement du déclin de la production sur la côte Est avec la mise en valeur de gisements satellites.
La croissance remarquable de l'offre provenant de la région des sables bitumineux suppose l'ouverture de marchés et l'élargissement des infrastructures de transport en temps opportun.
D'une offre accrue de pétrole brut découle une hausse des exportations pétrolières.
Le Canada est exportateur net de pétrole brut et le plus important fournisseur de ce produit aux États-Unis. Bien que la capacité de raffinage augmente quelque peu au Canada, l'offre est considérablement supérieure à la demande intérieure, sauf dans le scénario Triple-E.
Les exportations totalisent 3,4 Mb/j en 2030 selon le scénario Maintien des tendances, et 4,4 Mb/j d'après le scénario îles fortifiées.
Un des changements les plus importants anticipés du côté de l'offre est sans doute le déclin marqué de la production de gaz naturel dans le bassin sédimentaire de l'Ouest canadien.
Les prix médians pour le scénario de référence et en Maintien des tendances ne sont pas suffisamment élevés pour éviter un recul de la production gazière.
Toutefois, dans le cas des Îles fortifiées, les prix élevés sont à l'origine d'un accroissement de la production tirée du Nord, des régions extracôtières et des sources non classiques.
Compte tenu des faibles prix, la production en Triple-E régresse de façon abrupte. Cependant, l'afflux des importations de gaz naturel liquéfié fait contrepoids aux réductions constatées dans les bassins canadiens et, en 2030, permet de répondre à plus de la moitié des besoins au Canada.
Jetons maintenant un coup d'oeil sur les données relatives au pétrole en Alberta.
L'offre de pétrole extrait des sables bitumineux est tributaire de facteurs économiques. Cette diapo présente le contexte économique à partir duquel nous avons élaboré nos projections sur l'offre de pétrole des sables bitumineux.
Le tableau du haut représente nos estimations des dépenses en immobilisations (DI) pour l'exploitation minière intégrée et la récupération in situ. Les coûts ont grimpé en flèche ces dernières années; l'impact sur les facteurs économiques des projets a donc été considérable. Il s'est écoulé environ un an depuis que nous avons analysé les données pour la production du rapport sur l'avenir énergétique. Les chiffres en rouge sont estimés à partir de communiqués et présentations de l'industrie publiés depuis ce temps-là et permettent de constater une augmentation de quelque 25 %.
Le taux de rendement (TR) économique des investissements dans les sables bitumineux dépend du prix du pétrole, des frais d'exploitation (FEX) et des DI :
Ce diagramme illustre la croissance de l'industrie des sables bitumineux. Les dépenses en immobilisations (DI) sont exprimées en dollars canadiens. Les dépenses prévues pour les projets d'exploitation des sables en 2006, y compris les réinvestissements de maintien, se situent à un peu plus de 14 milliards de dollars. Les DI de 2007 sont estimées à 17 milliards; si les prévisions de production se révèlent justes, les dépenses s'établiront à ce niveau ou davantage dans l'avenir prévisible.
À titre d'exemple de cette croissance, mentionnons l'annonce faite récemment par Suncor, qui prévoit augmenter sa production de 200 000 b/j au coût de 21 milliards de dollars.
Cette poussée de l'exploitation des sables bitumineux s'accompagne d'une augmentation de la demande de main-d'oeuvre et de la concurrence à cet égard. Ce diagramme contient des données sur la demande de main-d'oeuvre. Elles ont été compilées par le groupe de travail sur l'infrastructure régionale. Dans la région de Wood Buffalo, on s'attend à 26 000 emplois directs dans le secteur des sables bitumineux, pour l'exploitation et la construction, d'ici 2010, soit presque le double du chiffre actuel.
En Maintien des tendances, la production de pétrole extrait des sables bitumineux est fondamentalement une extrapolation de ce qui est prévu dans le scénario de référence; à 50 $, le prix du pétrole est jugé suffisant pour permettre l'expansion de la production.
Dans le scénario Triple-E, les producteurs, face à un prix plus faible, ne réalisent aucun nouveau projet et la production diminue marginalement après 2018. La croissance reprend après une période d'ajustement, mais demeure lente.
En Îles fortifiées, les prix du pétrole plus élevés, l'accent mis sur la sûreté des approvisionnements et les exigences environnementales moins rigoureuses favorisent une expansion rapide de l'exploitation des sables bitumineux.
En 2030, la production varie de 2,8 à 4,8 millions de barils par jour, quel que soit le scénario prospectif.
L'agrandissement des installations de valorisation existantes, jumelé à l'implantation de nouveaux projets de valorisation, y compris des installations marchandes, permet de maintenir la proportion de bitume valorisé à un niveau relativement stable, soit près de 65 %, après 2010 environ.
Dans le scénario MT, la production de pétrole extrait des sables bitumineux correspond essentiellement à une extrapolation des données du scénario de référence; le prix du pétrole, soit 50 $, est considéré comme suffisant pour permettre l'expansion de la production.
En TE, les producteurs réagissent au prix plus bas : aucun nouveau projet n'est entrepris et la production diminue légèrement après 2018. Vient ensuite une période de redressement après quoi une lente croissance s'amorce.
En IF, comme le prix du pétrole est plus élevé, l'accent est mis sur la sûreté des approvisionnements et les mesures environnementales sont moins rigoureuses, de sorte que la production du pétrole tiré des sables s'accroît rapidement.
En 2030, la production oscille entre 2,8 et 4,8 millions de barils par jour quel que soit le scénario prospectif envisagé. Le taux de croissance annuel entre 2015 et 2030 se situe à 3,1 % en IF contre 2,5 % en MT.
Cette figure illustre les flux estimatifs de pétrole brut sortant de l'Alberta en 2007. Environ 80 % de la production albertaine est expédiée hors de la province. Le total des exportations, 1,4 million de barils par jour, se répartit comme suit :
En 2030, le total de la production de pétrole brut au Canada s'établit de 3,1 à 5,6 Mb/j selon le scénario prospectif envisagé.
D'après le scénario de référence, la production atteint 4,1 Mb/j en 2015.
En Triple-E, la production diminue après 2015 en raison de la stagnation des activités de mise en valeur des sables bitumineux et de la production décroissante au large de la côte Est et dans le BSOC.
Permettez-moi maintenant de résumer les résultats clés sous forme de grandes conclusions.
Aucun dérapage n'est prévu sur les marchés canadiens de l'énergie alors que les prix de celle-ci permettent d'assurer un équilibre entre l'offre et la demande.
Les prix de l'énergie devraient demeurer plus élevés que leurs niveaux historiques en raison de facteurs internationaux agissant sur l'offre et la demande. Dans les scénarios prospectifs envisagés, le prix du baril de pétrole varie entre 35 US et 85 US en dollars de 2005 alors qu'il se situait à 20 US en 1990.
Malgré des prix de l'énergie plus élevés, une hausse de la demande est prévue, allant de pair avec la croissance économique. Les habitudes de consommation d'énergie dépendent dans une grande mesure de la composition des stocks existants de dispositifs consommant cette énergie, qu'il s'agisse par exemple des bâtiments, des appareils ménagers, des voitures ou des moteurs industriels. Au fil de leur rotation, les stocks seront remplacés par du nouveau matériel plus efficace et le degré d'efficacité énergétique sera toujours plus grand. Cette progression n'en sera que plus rapide avec l'arrivée de nouvelles technologies qui, en général, vont dans le sens d'une combustion plus propre. De telles améliorations au chapitre de l'efficacité permettent de contrebalancer en partie la croissance de la demande.
Les projets de gestion de la consommation joueront aussi un rôle de premier plan lorsqu'il s'agit d'endiguer cette croissance.
En présence de marchés de l'énergie qui fonctionnent bien, les signaux appropriés seront à l'origine d'une offre énergétique suffisante. D'après notre étude, les Canadiens disposeront des approvisionnements nécessaires pour répondre à leurs besoins.
Combustibles fossiles et sources d'énergie classiques continueront de dominer au chapitre des approvisionnements. Toutefois, les combustibles non fossiles et les hydrocarbures non classiques joueront un plus grand rôle.
La part grandissante des sables bitumineux illustre bien ce qui précède, mais ce type de production exigera des modifications en ce qui concerne le raffinage.
Les exportations d'énergie représentaient 20 % de l'ensemble des exportations canadiennes de biens et de services en 2005. Le total des exportations énergétiques nettes devrait augmenter pendant la période prospective. Cependant, les taux de croissance varient selon le produit de base et le scénario. Les exportations nettes de pétrole atteignent de nouveaux sommets sous la poussée de la production tirée des sables bitumineux. Les exportations d'électricité elles aussi augmentent. Celles de gaz naturel régressent de façon importante dans deux des trois scénarios prospectifs.
En présence de marchés de l'énergie qui fonctionnent bien, les signaux appropriés seront à l'origine d'une offre énergétique suffisante. D'après notre étude, les Canadiens disposeront des approvisionnements nécessaires pour répondre à leurs besoins.
Combustibles fossiles et sources d'énergie classiques continueront de dominer au chapitre des approvisionnements. Toutefois, les combustibles non fossiles et les hydrocarbures non classiques joueront un plus grand rôle.
La part grandissante des sables bitumineux illustre bien ce qui précède, mais ce type de production exigera des modifications en ce qui concerne le raffinage.
Les exportations d'énergie représentaient 20 % de l'ensemble des exportations canadiennes de biens et de services en 2005. Le total des exportations énergétiques nettes devrait augmenter pendant la période prospective. Cependant, les taux de croissance varient selon le produit de base et le scénario. Les exportations nettes de pétrole atteignent de nouveaux sommets sous la poussée de la production tirée des sables bitumineux. Les exportations d'électricité elles aussi augmentent. Celles de gaz naturel régressent de façon importante dans deux des trois scénarios prospectifs.
Nous allons maintenant répondre à vos questions.