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Au cours de l'année passée, la demande mondiale d'énergie s'est effondrée à cause, en grande partie, du ralentissement des industries et des mesures d'économie d'énergie. En général, ce sont les grandes économies qui ont éprouvé les plus importantes contractions. Dans une optique d'avenir, on prévoit cet hiver la reprise de la croissance économique si longtemps attendue, ce qui entraînera probablement une hausse de la demande d'énergie. Par ailleurs, on s'attend à ce que la montée des prix découlant de l'augmentation de la demande soit partiellement contrée par l'accumulation courante de stocks d'énergie; en effet, les niveaux de stocks de pétrole et de gaz naturel sont élevés et la capacité de production d'électricité dépasse les besoins courants dans de nombreuses régions. Ces conditions devraient contribuer à maintenir les prix relativement bas et stables pour les consommateurs d'énergie au Canada.
Les prix du pétrole brut ont monté régulièrement partout dans le monde depuis la chute des prix de l'énergie vers la fin de 2008. Après avoir commencé 2009 à environ 46 $US le baril pour ensuite tomber à un niveau aussi bas que 34 $US au premier trimestre, les prix se sont relevés grâce à un sentiment positif à l'égard du marché et se situent à présent à environ 78 $US le baril. En effet, depuis leur dégringolade au premier trimestre, les prix ont plus que doublé, et ce, grâce en partie à l'optimisme éprouvé à l'égard du marché, d'après de nombreux analystes.
Alors que l'hiver se pointe à l'horizon, le marché reste concentré sur la demande de pétrole. En 2009, la demande de pétrole brut a baissé de façon marquée surtout dans les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le déclin prévu de la demande mondiale de pétrole brut en 2009 est estimé en tout à deux pour cent. Au cours des mois d'hiver, de nombreux analystes pensent que l'économie mondiale devrait se raffermir et par conséquent la demande de pétrole brut devrait monter. Toutefois, elle n'est pas prévue d'atteindre pendant un certain temps encore, ni durant l'hiver, les niveaux avant récession.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a restreint l'offre mondiale en maintenant ses quotas de production durant la première moitié de 2009. Cela a permis d'empêcher les niveaux de stocks déjà très élevés de devenir ingérables. Cependant, les derniers rapports suggèrent que la conformité de l'OPEP à ses quotas de production s'effrite. Il n'en reste pas moins que les niveaux de stocks dans les principaux marchés de l'OCDE ont augmenté au cours de la première moitié de 2009 et continuent à être élevés. Actuellement, ils ont presque atteint le haut de la fourchette sur cinq ans. On s'attend à ce que ces stocks baissent au cours des mois d'hiver alors que la demande remonte et si l'OPEP continue à se conformer avec diligence à ses quotas de production. Des niveaux de stocks élevés, combinés à une plus grande capacité de production de réserve de l'OPEP, laisseraient entendre que toute rupture imprévisible de l'approvisionnement durant l'hiver devrait être facile à gérer.
Le Canada n'a pas beaucoup d'influence sur les prix du pétrole brut dans le monde. Ce que les Canadiens paient cet hiver sera déterminé en grande partie par la force de la reprise économique mondiale. L'instabilité persistante des prix du pétrole est prévisible étant donné que les marchés financiers continuent à être instables. Les Canadiens peuvent donc s'attendre à voir les prix du pétrole brut se situer en moyenne entre 75 et 80 $US le baril durant l'hiver.
La période de chauffe vient juste de commencer en Amérique du Nord. Le mazout de chauffage, aussi appelé huile de chauffage, est un produit très similaire au carburant diesel et il est utilisé dans environ 10 % des foyers canadiens. Les ventes de mazout de chauffage sont concentrées dans l'Est du Canada où l'Ontario, le Québec et le Canada atlantique représentent environ 95 % du total des ventes. Bien que deux tiers de la demande canadienne proviennent de l'Ontario et du Québec, le mazout de chauffage est surtout utilisé dans la région atlantique pour le chauffage localisé. En général, les prix du mazout de chauffage suivent de près les changements de prix du pétrole brut, mais des conditions propres aux marchés de ce produit peuvent aussi les influencer.
Le marché principal du mazout de chauffage aux États-Unis se trouve le long de la côte atlantique et les stocks de mazout de chauffage aux États-Unis peuvent influer sur les prix au Canada. Actuellement, les stocks sur le marché de la côte atlantique sont très élevés et excèdent largement la moyenne sur cinq ans. Ainsi, les stocks de mazout de chauffage étant suffisants, les marchés sont bien approvisionnés et il est peu probable que les prix montent en marge des prix du pétrole brut.
Le marché du gaz naturel en Amérique du Nord devrait être bien approvisionné cet hiver. L'été dernier, il s'est caractérisé par une faible demande alors que la production n'a baissé que légèrement malgré les interruptions et les réductions dans les activités de forage. En conséquence, les niveaux de stocks de gaz naturel n'ont jamais été aussi élevés. Ce surplus, combiné à une demande qui reste faible, maintiendra probablement les prix à un niveau relativement bas au cours des prochains mois.
En réaction à des prix les plus bas en plus de sept ans, la plupart des producteurs de gaz ont réduit leurs activités de forage et interrompu en partie leur production. Cependant, la production nord-américaine n'a montré que de légères baisses, et ce, principalement en raison d'une solide production alimentées par des sources émergentes d'approvisionnement non classique aux États-Unis. On prévoit que la production nord-américaine continuera à baisser légèrement au cours de l'hiver. On s'attend par contre à ce que la baisse soit plus prononcée au Canada, qui n'a pas connu la même augmentation rapide de l'approvisionnement non classique qu'aux États-Unis. Finalement, même si les offres mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL) sont abondantes, les importations en Amérique du Nord seront probablement à peine plus élevées que durant l'hiver dernier car elles seront limitées par une consommation plus faible.
Nous prévoyons que la demande de gaz naturel demeurera relativement faible au cours des plusieurs mois à venir, à cause surtout de la demande plus faible que la normale des consommateurs industriels. Malgré les signes avant-coureurs d'une reprise économique, l'usage industriel du gaz sera encore en dessous des niveaux historiques. La production des centrales alimentées au gaz naturel devrait être légèrement inférieure à celle de l'hiver dernier alors que les prix modiques du gaz durant l'été ont favorisé une plus grande production d'électricité au gaz naturel au détriment du charbon. Cette tendance pourrait se maintenir mais elle sera probablement moins prononcée à cause de la nouvelle production au charbon ou à l'énergie éolienne qui entre en ligne de compte aux États-Unis et du retour à la normale des niveaux de production des centrales hydroélectriques dans le nord-ouest du Pacifique.
La météo est un élément très important pour déterminer la demande de gaz durant l'hiver puisque les besoins en chauffage des foyers et des immeubles commerciaux représentent presque 50 % de la consommation. Cependant, les prévisions pour l'hiver ont été mitigées. L'apparition d'eaux à température élevée dans l'est du Pacifique équatorial, associée à la formation d'El Niño, suggère qu'une grande partie des États-Unis et du Canada pourrait avoir un hiver plus chaud. Toutefois, d'autres prévisions ont annoncé des températures plus froides, surtout dans les régions est du continent où la demande de gaz est élevée. Dans l'ensemble, nous prévoyons qu'en Amérique du Nord, la consommation totale de gaz sera légèrement en dessous de celle de l'hiver dernier et à des niveaux inférieurs à la normale historique.
Il est probable que le surplus de gaz en réserve et la disponibilité de GNL pour les importations maintiennent les prix du gaz à un niveau relativement bas au cours de l'hiver. Nous prévoyons que la moyenne des prix se situera entre 4 et 5,50 $US par million de BTU durant la période hivernale. Cependant, un temps froid persistant ou une forte reprise économique pourraient pousser les prix au-dessus de cette fourchette.
L'offre d'électricité sera suffisante pour répondre à la demande partout au Canada durant la saison hivernale. L'augmentation des marges de réserve (la différence entre la capacité de production maximale et les besoins anticipés de la demande de pointe) a été poussée par les facteurs suivants : augmentation de la capacité de production; baisse de la demande des consommateurs industriels; réaction de la demande en fonction des prix; programmes d'efficacité énergétique.
Du côté de l'offre, la capacité installée des centrales alimentées au gaz naturel au Canada a augmenté de 50 % depuis 2007 et elle est prévue d'atteindre au total 14 800 mégawatts d'ici la fin de l'année. Les efforts que le Canada investit dans l'énergie éolienne ont doublé les niveaux de 2007 et la production devrait dépasser 3 700 mégawatts d'ici la fin de l'année, et ce incluant la production du premier parc éolien de la Colombie-Britannique. Récemment, l'Ontario a lancé un programme de tarifs de rachat garantis, le premier du genre au Canada, pour stimuler la réalisation de projets d'énergie renouvelable en offrant aux producteurs la certitude de vendre de l'énergie sur le réseau électrique à des conditions contractuelles prédéterminées, y compris le prix. De nouvelles centrales, aussi bien alimentées au gaz qu'à l'énergie éolienne, ont éprouvé des difficultés de financement dernièrement, en raison du ralentissement des activités économiques et de la faiblesse des prix de l'énergie. Malgré cela, la plupart des projets se poursuivent tout de même.
Depuis les dernières Perspectives sur l'énergie, plusieurs projets d'envergure ont été élaborés relativement à la production d'énergie nucléaire au Canada. Le déclin de la demande, combiné à un pourcentage élevé de production d'énergie éolienne, a poussé la Société indépendante d'exploitation du réseau électrique à demander que les centrales nucléaires de l'Ontario réduisent leur production. En outre, depuis le mois de juillet, les expansions futures en Ontario sont reportées ou annulées et les remises à neuf en Ontario et au Nouveau-Brunswick sont retardées.
La croissance de la demande d'électricité est prévue de suivre la reprise économique dans la plupart des provinces. En même temps, les planificateurs et les exploitants de réseaux électriques maintiennent qu'il faut renforcer davantage les lignes de transport, ce qui créera d'autres possibilités de sources de production. Certaines provinces font des progrès dans de grands projets visant à soulager les congestions (p. ex., l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique); toutefois, les processus entourant le choix de l'emplacement de nouvelles lignes de transport s'avèrent coûteux en temps.
Les données d'exportation et d'importation pour la première moitié de 2009 montrent que le ralentissement économique touche le commerce de l'électricité entre le Canada et les États-Unis, qui a baissé d'environ 15 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes et de presque 30 % par rapport aux niveaux records établis l'année dernière. Les recettes tirées des exportations canadiennes ont diminué de plus de 50 % par rapport à l'an dernier. Même si le commerce de l'électricité en juillet a été solide sur le plan du volume d'énergie traversant la frontière, la recette y afférente a été bien loin de celles des dernières années (une chute d'environ 35 % par rapport aux recettes de juillet de l'année précédente) en raison des prix qui ont été bas pendant plusieurs années dans de nombreux marchés extérieurs (et intérieurs).
Le Québec et le Manitoba continuent à exporter le surplus d'énergie, qui est beaucoup moindre en hiver en raison des demandes de chauffage élevées. Malgré une baisse de 25 % sur douze mois pour le deuxième trimestre, le Québec est en tête des provinces en exportations alors que le Manitoba demeure relativement stable par rapport aux années précédentes. La Colombie-Britannique a été une importatrice nette durant la majeure partie de cette année, à cause d'une part de la basse précipitation et d'autre part de la préservation des ressources hydriques. C'est également une pratique courante de l'industrie d'obtenir des recettes d'exportation plus élevées en important durant les périodes creuses et en exportant durant les périodes de pointe ou encore plus tard dans la saison lorsque les prix sont plus avantageux.
Une demande réduite à la grandeur du continent, un surplus de capacité en Ontario, le gaz naturel à des prix bas et les températures fraîches durant l'été ont tous contribué à baisser les prix de gros de l'électricité. Des prix plus bas sur le marché de gros de l'Ontario, par rapport à ses voisins américains, favorisent les exportations de cette province. Par conséquent, nous prévoyons que les exportations seront élevées et les importations faibles durant l'inter-saison de l'automne et que le commerce durant l'hiver sera similaire à ce que nous avons vu ces dernières années. Dans l'ensemble, les conditions du marché laissent croire que l'offre sera suffisante pour satisfaire les besoins des consommateurs cet hiver.