
Les consommateurs canadiens peuvent s'attendre à ce que les prix de l'énergie continuent à être stables alors que l'augmentation de la demande d'énergie se poursuit en parallèle avec la reprise de l'économie mondiale. En Amérique du Nord, la reprise économique est bel et bien en cours, quoiqu'à un rythme plus modéré que la reprise dans de nombreux pays en développement. Alors que la demande continue à augmenter, on s'attend à ce que les prix de l'énergie soient légèrement plus élevés que ce qu'on a vu l'été dernier. Toutefois, ils seront probablement stables. En effet, les augmentations de prix de l'énergie seront limitées en raison des niveaux de stocks plus élevés que la normale et la capacité suffisante de la production d'électricité. À mesure que la demande énergétique se rétablit, les consommateurs canadiens pourront s'attendre à la satisfaction de leurs besoins en énergie au cours des six prochains mois.
En règle générale, il est prévu que la moyenne des prix du pétrole brut se situe entre 75 et 85 $US le baril durant l'été. Les principales raisons de l'incertitude dans nos perspectives comprennent notamment les défis qui persistent dans les marchés financiers, les répercussions des programmes gouvernementaux pour stimuler la croissance économique, la météo et les événements géopolitiques.
La demande mondiale de pétrole est prête à augmenter de 1,8 % en 2010, soit un peu plus que le taux historique[1]. On s'attend à ce que presque toute cette croissance provienne des pays non-membres de l'OCDE.
[1] Energy Information Administration, 2010
Les stocks de pétrole brut dans le monde sont tombés de leur niveau très élevé de l'année dernière en raison de la reprise de la croissance économique et de la décision prise par l'OPEP de réduire considérablement la production en 2008. Compte tenu de cette réduction, la capacité de réserve de l'OPEP a augmenté; elle est estimée actuellement entre 4 et 5 millions de barils par jour. Combinée aux bons niveaux de stocks dans le monde, cette capacité de réserve a permis de bien approvisionner les marchés mondiaux du pétrole, réduisant ainsi la possibilité d'une instabilité accrue des prix.
Les prix de l'essence sont principalement déterminés par ceux du pétrole brut. En 2009, le ralentissement de l'économie a réduit la demande de produits pétroliers; par conséquent, le prix de l'essence a baissé. Cet été, conformes aux prix plus élevés du pétrole, ils seront probablement un peu plus élevés que l'été dernier. En général, on prévoit que les prix au détail de l'essence au Canada se situeront en moyenne entre 0,95 et 1,10 $ le litre cet été. Ils peuvent varier considérablement au pays en raison des différents taux de taxation et contrôles des prix d'une province à l'autre et des taux de production dans les raffineries régionales ainsi que des coûts de transport[2].
[2] ONÉ - Prix de l'essence - Info-Énergie, 2010
Les stocks d'essence jouent aussi un rôle important dans l'établissement des prix. Cette année, ils sont à un niveau jamais atteint en cinq ans, ce qui pourrait contribuer à amortir l'effet que des interruptions potentielles de raffinage et l'instabilité dans les marchés du pétrole brut pourraient avoir sur les prix.
Les consommateurs canadiens continueront à profiter des prix relativement faibles du gaz naturel durant l'été. En effet, le gaz naturel devrait se négocier entre 4 et 5 $US par MBTU au cours des six prochains mois. Toutefois, cette prévision pourrait être révisée à la hausse en raison de facteurs tels qu'une période prolongée de temps très chaud ou sec, une reprise économique plus forte, des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) plus faibles que prévu ou des baisses de production plus importantes que prévu. D'autres facteurs pourraient par contre pousser les prix à la baisse, notamment : des niveaux d'importation de GNL plus élevés que prévu, un été doux ou une production plus importante que prévu.
On s'attend à ce que la production nord-américaine soit stable au cours des six prochains mois alors que la demande affluera probablement, comparativement à l'été dernier à mesure que la consommation industrielle de gaz augmente en parallèle avec l'économie.
Le niveau courant des activités de forage horizontal ciblant du gaz naturel aux États-Unis a dépassé les sommets antérieurs puisque les producteurs continuent à mettre en valeur le gaz de schistes. Il est probable que la contribution du gaz de schistes freine les baisses de production dans d'autres régions et garde la production américaine à un niveau similaire à celui de l'année dernière. Les importations de GNL devraient augmenter en raison du niveau plus élevé de l'offre mondiale de GNL et des prix nord-américains un peu plus élevés que l'été dernier.
Après une chute d'environ 8 % l'année dernière, la consommation industrielle de gaz devrait remonter grâce à l'amélioration des conditions économiques. En effet, la demande industrielle sera probablement très forte dans les secteurs des produits chimiques et de la sidérurgie. L'été dernier, la demande de gaz naturel pour la production d'électricité a renfloué la consommation. En 2009, certaines entreprises de production d'électricité ont remplacé les vieilles centrales alimentées au charbon qui sont inefficaces par des centrales alimentées au gaz naturel et les bas prix du gaz ont rendu ce changement rentable. Cet été, il est probable que cela se reproduise, quoiqu'à un niveau moindre, et ce, parce qu'on s'attend à un prix du gaz naturel un peu plus élevé que l'été dernier et parce que de nouvelles centrales au charbon, plus efficaces, entrent en production aux États-Unis. Par contre, les niveaux d'eau dans de nombreuses régions productrices d'hydroélectricité telles que la Colombie-Britannique et le Nord-Ouest des États-Unis sont en-dessous de la normale en raison des faibles précipitations dernièrement. Résultat : ces régions auront besoin d'autres sources de production, y compris les centrales alimentées au gaz naturel. Il se peut que ces deux facteurs s'annulent mutuellement et que la consommation de gaz aux fins de production d'électricité soit au même niveau que l'été dernier.
La production de gaz naturel étant au même niveau que l'année dernière, des stocks plus élevés que la moyenne devraient s'accumuler durant les mois d'été. Toutefois, l'excédent ne devrait pas être aussi important que l'année dernière en raison de l'augmentation de la demande. De plus, une capacité de stockage d'environ 5,6 milliards de mètres cubes (200 Gpi3) devrait s'ajouter cette année, réduisant ainsi la probabilité que les stocks atteignent leur capacité maximale comme l'été dernier. On s'attend à voir environ 125 milliards de mètres cubes (4 400 Gpi3) de gaz naturel en stock en Amérique du Nord d'ici la fin d'octobre, soit légèrement moins que le sommet record de l'année dernière.
En dépit des signes de croissance économique, la demande globale du réseau est descendue de son niveau record. On prévoit en particulier que la demande de pointe dans les marchés de l'Est sera plus faible cet été que dans les années passées. Le niveau de demande plus bas rend la tâche d'assurer la fiabilité de l'électricité plus facile en raison des marges d'approvisionnement plus fortes. La capacité de production supplémentaire durant l'été provient surtout des centrales alimentées au gaz, dont plus de 1 000 MW de nouvelles centrales mises en production en Ontario et en Alberta. D'ici la fin de l'année, plusieurs nouveaux parcs éoliens devraient être en production, ce qui représente un nouvel approvisionnement d'environ 800 MW d'énergie renouvelable. Les perspectives de l'offre d'électricité au Canada sont favorables pour cet été; en effet, toutes les régions seront suffisamment approvisionnées en électricité au cours de l'été.
Dans l'intention d'augmenter davantage l'approvisionnement en énergie renouvelable au Canada, toutes les compétences ont établi des cibles ou des politiques visant à fournir de nouvelles sources de production et à renforcer leurs réseaux de transport. À ce sujet, selon de récentes discussions avec des décideurs fédéraux, un objectif voulant que 90 % de l'électricité canadienne soit produite à partir de sources à faibles émissions d'ici 2020 sera établi prochainement.
Des investissements pour une production plus propre et de nouvelles lignes de transport contribueront à faire augmenter les tarifs d'électricité que les consommateurs paieront à moyen terme. Déjà, toutes les provinces canadiennes ont demandé l'autorisation d'augmenter leurs tarifs domestiques réglementés, sauf possiblement l'Alberta dont les tarifs domestiques réglementés, qui sont fixés mensuellement, sont restés en-dessous des niveaux de l'année dernière. En ce qui concerne les prix de gros de l'électricité, on prévoit qu'ils continueront à monter dans les marchés de l'Est comme de l'Ouest au cours de l'été. Le prix mensuel moyen durant la période de pointe de l'été devrait se situer entre 40 et 50 $ par mégawattheure en Ontario et entre 75 et 85 $ par mégawattheure en Alberta.
Les exportations atteignent habituellement leurs plus hauts niveaux durant les mois les plus chauds de l'été lorsque les provinces productrices d'hydroélectricité au Canada exportent de l'électricité. Cependant, les ressources d'énergie hydraulique seront restreintes pour la plupart des marchés d'hydroélectricité en Amérique du Nord puisque les niveaux de précipitation annuelle à ce jour sont inférieurs à la moyenne dans toutes les provinces canadiennes et qu'on prévoit actuellement du temps très chaud et sec pour les prochains mois. De plus, les remises à neuf qui se poursuivent dans les grandes centrales nucléaires canadiennes réduisent l'offre disponible pour les échanges commerciaux. Les perspectives médiocres des centrales hydroélectriques, combinées à une baisse de l'offre des centrales nucléaires et à la reprise des activités économiques, mènent à des perspectives commerciales qui reflètent une modeste croissance par rapport à 2009. En raison des prix de gros plus élevés selon les prévisions, les recettes tirées du commerce de l'électricité devraient augmenter cette année à 3 milliards de dollars, après la réduction de 40 % connue l'année dernière.